La complaisance, cette tueuse méconnue

- Bruno Martin, conseiller en prévention

De par sa nature, l’être humain n’aime pas le changement d’où sa facilité à devenir complaisant.

La complaisance est l’état d’être à l’aise avec notre travail, avoir une confiance non fondée, ne plus voir les dangers qui nous entourent, de travailler machinalement, d’être sur le pilote automatique. Le bûcheron n’a plus peur de sa scie mécanique, le monteur d’acier n’a plus peur des hauteurs, le chasseur n’a plus de crainte avec un fusil. L’attitude du « ça ne m’arrivera pas à moi… seulement aux autres ». La complaisance est une sensation de sécurité, c’est l’inconscience de l’existence de possible dangers, des défaillances potentielles ou de tous autres phénomènes inattendus. Les accidents surviennent quand on s’y attend le moins et lorsqu’on analyse les rapports d’incidents graves ou fatals, la complaisance revient presque à coup sûr comme cause principale ou un facteur aggravant.

Un bel exemple de complaisance est ce travailleur de Winnipeg qui vient me voir parce qu’il dit ne pas avoir aucun danger relié à sa tâche et ne sait pas trop quoi rédiger sur son 2 X 2. Je le regarde et vois que tous ses doigts sont recouverts de tape médical je lui demande alors la raison de son accoutrement. Il me répond qu’il installe des barres de métal au plafond et qu’elles sont très coupantes… Il dit: « donc je mets du tape pour éviter de me couper ».  Dans la complaisance, il a identifié un danger et mis en place un contrôle et ce, sans même sans rendre contre. Pour lui le danger n’existait plus.

Un autre exemple est cet échafaudeur qui m’a répondu lorsque je lui ai demandé de s’attacher: « ça fait 20 ans que je fais ce métier et je ne suis jamais tombé.. » J’ai dû lui rappeler de s’attacher au moins une dizaine de fois au cours d’un « shutdown » d’un mois. Lors du démontage de l’échafaudage, ce même travailleur est tombé et a eu des fractures multiples, sternum cassé, poumon perforé. Il n’a pas pu effectuer son métier pour une 21e année, car à 61 ans, on ne guérit pas aussi vite qu’à 20 ans.

Il faut prendre le temps de bouger les yeux avant les bras et les jambes car, on doit donner le temps à notre cerveau d’analyser la situation avant de procéder. Les 2 X 2, prendre du recul, les réunions du matin, les pauses santé sécurité, le rapport des événements et des « passer proche », lire les affiches dans les roulottes, sont d’excellents moyens de briser la complaisance.

Comme la complaisance s’installe facilement, en sortir demande des efforts, mais en fournissant l’effort nécessaire pour changer vos vieilles habitudes, vous en développerez de nouvelles et vous en serez récompensé en ayant un milieu de travail plus sécuritaire.  Vous serez en voie de « guérir » votre complaisance lorsque vous commencerez à remarquer vos confrères faire des actions non sécuritaires. En étant complaisant, on ne voit plus rien autour de nous, seulement la performance et la production, le reste passe inaperçu…

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